—Je n'aime pas beaucoup les visites. Tu seras bien aimable de ne plus m'en amener.
—Bah! après tout, qu'est-ce que ça fait? dit Lionel gêné. Certainement je n'avais pas l'idée qu'il s'affublerait de cette grue... Mais enfin, tu es trop femme d'esprit pour ne pas t'être un peu divertie de l'aventure. Moi, je riais en dedans de tes «madame» et de tes égards à n'en plus finir envers cette pauvre Rosita qui prenait des airs ahuris!... Ah! non, tiens, je m'en tords encore... C'était impayable!
Le lendemain, dans l'après-midi, comme Renée s'occupait à élaguer nettement, à l'aide d'un sécateur, les branches de rosiers tordues et arrachées par sa singulière visiteuse, un coup de sonnette retentit, et, en levant les yeux, elle aperçut par le volet justement entr'ouvert de la porte extérieure, la tête de M. de Ligneul.
Contrariée, elle ne put cependant moins faire que de lui ouvrir.
Le jeune homme entra, tenant son chapeau très bas. Il n'était pas vêtu du feutre mou et du complet clair de la veille. Il portait une redingote, un chapeau haut-de-forme, des bottines vernies, des gants irréprochables. Il ne pouvait pas paraître plus distingué, car la distinction chez lui n'était pas une affaire de costume. Mais tout de suite, Renée sentit dans cette tenue de visite mondaine, au mois de juillet, à la campagne, une intention toute particulière de respect.
—Madame, dit-il d'un ton pénétré, je ne veux pas même entrer si je vous dérange. Je viens vous apporter mes sincères, mes très vives excuses, que je ne vous exprimerai jamais comme je voudrais vous les exprimer.
—Ne restez pas découvert par ce soleil torride, monsieur, dit Renée, et faites-moi le plaisir de venir vous reposer un moment, à l'ombre, devant la maison.
Elle ne lui demanda pas de quoi il accourait s'excuser. Elle le savait bien. Mais cette démarche lui causa un vrai plaisir, calma un peu la nouvelle blessure qui saignait en elle depuis la veille.
—Madame, reprit Fabrice, croyez bien que, seul, un malheureux malentendu...