«Tu me demandes, Lionel, de te pardonner ta franchise; tu me demandes de t'ouvrir de nouveau mon cœur. Que veux-tu donc voir dans ce pauvre cœur brisé, anéanti? Si je te laissais y pénétrer jusqu'au fond, je crois que tu ne pourrais jamais te consoler d'avoir fait tant de mal.

«Ta franchise, je te la pardonne et je t'en sais gré. Peut-être l'horrible premier moment une fois passé, souffrirai-je moins que je ne souffrais de l'inquiétude vague, du pressentiment triste qui souvent, cet été, a causé mes larmes. Tu croyais que le seul souci de ma position les faisait couler. Tu te trompais. Ne t'ai-je pas dit que l'humiliation, le travail, la solitude me sembleraient chers tant que j'aurais ces deux trésors: ton amour et notre enfant.

«Mais cet amour, ce précieux amour, qui m'aurait rendue heureuse à travers les plus grandes difficultés de la vie, tu t'appliquais à me faire sentir que nous ne le comprenions pas de la même façon. Pour moi, c'était le don absolu, la confiance, l'ivresse, le bonheur... Pour toi, c'était un accident, un hasard, une distraction qui devait, tôt ou tard, devenir monotone.

«Tôt ou tard!...

«Dieu! je t'aimais tant que j'espérais quand même... Tard... Oh! ce serait peut-être bien tard!... Jamais, jamais je n'aurais cru que ce serait si tôt!

«Quelques mois...

«Ah! je sentais pourtant que je valais mieux qu'un caprice! Puis j'avais ce gage béni, cet enfant qui me rendait si forte! Tant qu'il serait en moi, tant que, tout petit, sa faiblesse demanderait qu'il nous eût ensemble à ses côtés, tous les deux, tu ne me quitterais pas, tu me garderais ton amour, et, comme j'avais l'enfant par le père, j'aurais aussi le père par l'enfant.

«Oh! ces liens d'une adorable douceur, mon Lionel, tu as pu les briser!

«Et sur quel reproche as-tu fondé le terrible arrêt qui devait me plonger dans le désespoir et faire connaître le malheur à ton enfant avant qu'il fût au monde? Voilà:

«Je ne te suffis plus. Mon image ne t'empêche pas de regarder d'autres femmes.