«C'est irrévocable. Contre une semblable raison, il n'y a pas d'appel possible.»


Cette lettre, commencée sur un ton assez ferme, s'achevait dans des attendrissements navrés. Cependant Renée avait la force de repousser le baiser envoyé par Lionel, le suppliant, puisqu'il ne l'aimait plus, de ne jamais réveiller les caresses passées, de ne jamais l'exposer à la tentation d'être pour lui moins qu'elle n'avait rêvé d'être, de ne jamais, puisqu'il lui retirait son cœur, lui demander ses lèvres, et la faire succomber dans une épreuve d'où elle sortirait le cœur et l'esprit désespérément troublés. Elle préférait ne pas le revoir.

«Te rappelles-tu, disait-elle, te rappelles-tu l'une de tes premières lettres où tu refusais de me voir en ami, craignant de souffrir. Ah! je l'ai sous les yeux, cette lettre passionnée, et je ne puis la lire jusqu'au bout à travers mes larmes.

«Aujourd'hui, c'est moi qui t'adresse la prière que tu me faisais alors. Alors!... Et il n'y a pas un an! Et mon amour a grandi depuis, jour après jour, minute après minute... Et notre petit enfant n'est pas né!...

«Le berceau est là, dans notre chambre. Un joli berceau, tout neuf, tout brodé, tout blanc...

«Moi, je suis seule, je m'assieds auprès, je couds les petits draps.

«Oh! quelle affreuse douleur!»

Et, de nouveau, en réponse à ses franches paroles, si plaintives, si déchirantes dans leur effort pour être toujours vaillantes, justes et dignes, elle reçut un de ces petits billets vagues, pleins de molles caresses, d'équivoques repentirs, de protestations, étranges après les brutales déclarations d'inconstance et de lassitude.

De nouveau, elle prit la plume; et cette fois, vaincue, épuisée par cette lutte contre l'invisible, par cette espèce de cauchemar dans lequel elle se débattait, ne connaissant plus rien de vrai que son malheur et sa tendresse, elle laissa déborder de son cœur ces lignes d'ironie, de désespoir, et de folle passion: