«Pauvre Lionel! pauvre ami bien aimé!
«C'est tout?... C'est tout ce que tu as trouvé dans ton cœur après quatre jours de cruel silence: «Tu ne sais que me dire, mais tu m'embrasses...»
«Et tout ce que je puis comprendre est ceci: «Malheureuse Renée, tu souffres. Tu souffriras bien plus encore... Pourtant ne pense pas à demain, puisque aujourd'hui il me reste encore un baiser pour toi.»
«Mon Lionel, c'est là ton amour!
«Tu me demandes d'être «bonne, grande et dévouée». Il faut donc bien de la bonté, bien du dévoûment, bien de la force, pour t'aimer comme tu désires l'être?
«J'aurais voulu un peu de bonheur.
«Eh bien, oui, je te cède... Eh bien, oui, je tombe dans tes bras... Eh bien, oui, j'oublie tout dans ton baiser... J'oublie les heures de navrante solitude, les vaines attentes, les doutes amers, et les sanglots des nuits silencieuses. J'oublie jusqu'au lendemain, ce lendemain que, de sang-froid, tu me fais entrevoir plus atrocement désespéré que n'a été la veille. J'oublie... et je prolonge cet oubli... et je me serre éperdument contre ton cœur.
«Mais un baiser, si long qu'il soit, n'est qu'un éclair. Il s'achève, nos lèvres se séparent... Et quand alors je cherche dans tes yeux, dans ta bouche, dans ton cœur, ce que j'ai cru toucher pendant l'ivresse d'une seconde: la sympathie toute puissante, l'espoir sans lequel on ne peut vivre, la confiance sans laquelle on ne peut aimer, tu réponds, Lionel, tu réponds: «Je ne sais que te dire.»
«Oh! moi, je saurai toujours que te dire, parce que je t'aime. Toi, qui ne veux pas me montrer ton cœur, toi qui ne veux pas, qui ne veux pas me le donner, avoue-le, tu ne m'aimes pas.
«Mais je te prie de l'avouer... Tu l'as fait. Que veulent dire ces paroles de tendresse hésitante que tu m'adresses à présent? Dieu sait que je ne les repousse pas. J'ai baisé ta lâche petite lettre, où tu ne sais qu'invoquer les caresses contre lesquelles tu me sais si faible.