XI

UN matin de septembre.

Dans le grand lit, aux tentures bleu pâle, Renée est couchée, et ses cheveux d'un brun chaud, qui, au grand jour, s'éclairent de teintes rousses, font dans l'ombre, sur l'oreiller neigeux, de lourdes ondes presque noires. Les volets sont fermés ainsi que le grand rideau de guipure; et, à cause de la petite bruine automnale qui voltige au dehors, un feu de bois pétille dans la cheminée.

Une femme entre, venant de la cuisine où elle a fait chauffer quelque chose. Elle repousse la porte avec précaution et s'approche sur la pointe des pieds.

—Pas encore endormie? dit-elle en rencontrant les grands yeux ardents de Renée. Je suis sûre que c'est sa faute, elle vous empêche... Vous devriez me la donner.

—Oh! non, dit la jeune femme, elle est si sage! Voyez plutôt.

Et, soulevant le bord du drap, elle fait voir une toute petite tête de nouveau-né, et une toute petite main, qui, régulièrement, s'ouvre et se referme sur un brin de dentelle à la chemise de la jeune mère.

Depuis six heures que son enfant est au monde, Renée n'a pas fermé l'œil, malgré l'épuisement d'une lutte physique que jamais elle n'aurait crue si terrible. Elle songe, elle songe, et elle songe encore... Et son cœur se fond de tendresse pour la frêle créature posée contre sa poitrine, et dont le petit geste, instinctif et doux, passe et repasse sur sa chair comme un appel confiant, comme une caresse.

Quand le médecin, à qui elle avait tout confessé, a refusé de lui dire tout de suite le sexe de l'enfant, elle a deviné que c'était une fille. Et elle craint le désappointement de Lionel, qui, peut-être, ne la reconnaîtra pas.