—Tu as reçu mon télégramme? demanda Renée.

—Ton télégramme? Non... Je viens tout droit du camp. Ah! on nous a fait nous remuer, je t'en réponds, aux grandes manœuvres? Et, avec cela, de la pluie tout le temps. Il me tardait que cela finît. Ta dernière lettre, d'ailleurs, était pressante. J'ai obtenu de partir vingt-quatre heures plus tôt que les autres, et me voilà.

A ce moment, on entendit sonner, puis la garde entra disant:

—C'est la mère de madame.

Et derrière elle, s'avançait une petite, fluette silhouette noire, et un visage doux et pâle encadré de bandeaux prématurément blanchis... Apparition si chère et si connue, qui fit pousser un grand cri de tendresse et de joie à Renée lorsqu'elle l'aperçut dans l'encadrement de la porte.

Mme Sorel, d'après les lettres de sa fille, ne pensait pas que Lionel pût être encore de retour et qu'elle fût exposée à se trouver face à face avec lui. Elle aussi, elle avait reçu la veille une dépêche. Et elle n'avait pas pu y tenir... Aussitôt que possible, elle était accourue.

—O maman, maman!

Sa mère, maintenant, se penchait sur le lit, tâchait d'apaiser les sanglots qui secouaient dangereusement le corps meurtri de l'accouchée. Après les premières paroles et les premiers épanchements, Mme Sorel, se redressant, reconnut Lionel, qui, debout, l'air gêné, tenait encore sa fille dans ses mains. Il n'osait la poser, voulant se retirer pourtant. Et la garde, par discrétion, avait disparu.

Renée, d'un regard, embrassa toute la scène. Oh! penser aux incommensurables barrières séparant ces deux êtres, rapprochés pourtant auprès d'elle par le même événement, et si étroitement réunis dans son cœur!

—Donne-la-moi, Lionel.