Il lui tendit l'enfant, puis s'inclinant très bas devant Mme Sorel, qui n'eut pas même l'air de le voir, il sortit de la chambre.
Bientôt la garde rentra, après un coup léger frappé à la porte, et, tandis que la mère et la fille s'entretenaient à voix basse, la main dans la main, elle sortit d'une armoire une chemise d'homme, un vêtement gris, des effets de rechange, que «monsieur» lui avait demandés.
L'après-midi même, Lionel alla prier Fabrice de lui servir de témoin pour déclarer la naissance de sa fille à la mairie de Clamart.
—Tu la reconnais, n'est-ce pas? demanda M. de Ligneul.
—Certainement.
—Ah! très bien, alors j'y vais. Sans cela je t'aurais conseillé de prendre le commissionnaire du coin.
Le médecin qui soignait Renée donna la seconde signature nécessaire, et la petite fille fut inscrite sous les noms de:
Madeleine Marie,
fille de:
Lionel-Adolphe Duplessier, avocat,
et de:
Renée Madeleine Sorel, sans profession.
Renée, dût-elle en supporter plus tard n'importe quelle conséquence, n'avait pas hésité une minute à reconnaître son enfant.
Lorsque les trois messieurs, le père et ses deux témoins, sortirent de la mairie de Clamart, ils se dirigèrent vers le chalet, près du bois, mais ils n'entrèrent pas voir Renée. Ils allaient plus loin, et, au bout de l'allée, qui semblait finir en impasse, ils se trouvèrent en face de quelques maisonnettes de pauvre apparence, habitées par des paysans. Ils pénétrèrent dans l'une d'elles, après avoir traversé un tout petit jardin, et, dès qu'ils entrèrent, ils furent accueillis par des cris d'enfants. Trois marmots, entre six mois et dix ans, jouaient et se disputaient à grand bruit. La mère parut; elle portait sur les bras un quatrième poupon, coquettement arrangé, que Lionel lui prit aussitôt, et présenta à M. de Ligneul avec une certaine fierté. C'était la petite Madeleine Duplessier, âgée d'une douzaine d'heures. La femme qui la tenait et la ressaisit vite dans ses bras à son premier cri, était sa nourrice, en même temps que la mère des trois autres marmots. Le médecin examina les deux pièces qui composaient le petit logis, plaça lui-même le berceau neuf dans la position qu'il devait occuper, puis salua d'un coup de chapeau assez raide les deux jeunes gens, et sortit. Ils ne tardèrent pas à le suivre, et revinrent lentement vers le chalet.