—Ainsi, dit Fabrice, on lui a enlevé son enfant, à ta pauvre petite femme. Dieu! que ce moment a dû lui sembler dur!

—Ah! fit Lionel, ce n'est pas tout. Il va falloir la ramener chez elle, et, plus que jamais, elle s'entête à rester dans cette bicoque—qui, aux premiers froids, sera inhabitable—afin de demeurer à proximité de sa petite et de la voir plusieurs fois par jour. Elle est folle. Maintenant qu'elle est délivrée, ce serait charmant de la ramener chez elle et de reprendre la bonne vie tranquille des premiers temps.

—Es-tu bien sûr de cette nourrice? Ta fille sera-t-elle bien soignée? demanda Fabrice.

—C'est Renée qui l'a découverte, et je crains un peu qu'elle ne s'y soit prise au dernier moment, tant elle s'était mis en tête de nourrir. Mais cette femme me semble très convenable; puis les enfants... ça pousse aussi bien partout. As-tu vu ces trois marmots? Ont-ils des joues rondes et des airs de prospérité!

—Mais... pas trop, dit Fabrice. Ils m'ont semblé bien pâlots.


Le lendemain même, moins de quarante-huit heures après que Renée eut mis son enfant au monde, M. de Ligneul, venant dans l'après-midi pour prendre des nouvelles, trouva la garde qui errait dans le jardin tout effarée.

—Que se passe-t-il? Madame va-t-elle plus mal?

—Oh! monsieur, dit la bonne femme en joignant les mains. C'est une pitié! Un jour comme aujourd'hui, où elle devrait rester immobile, sans parler... Il la tuera!

—Qui donc?