—Son... son mari, enfin. Monsieur... Alvarez...
Elle ne savait plus comment dire, ayant vu le nom de Duplessier sur le livret de la nourrice, et sachant naturellement à quoi s'en tenir sur la situation.
—Comment? dit Fabrice tout pâle. Que voulez-vous dire? Il est incapable de la brutaliser.
—Oh! non, monsieur, pas du tout. Il est même très caressant, très doux avec elle au contraire. Je n'ai jamais vu un monsieur plus gentil. Seulement il a une fameuse volonté; j'ai remarqué cela à des petites choses... Et maintenant, ils causent de leurs affaires... Dame, je ne sais pas ce qu'ils disent, car je suis sortie dans le jardin, exprès pour ne pas avoir l'air d'écouter. Mais la petite dame a bien du chagrin; elle le supplie, elle sanglote, elle se roule sur le lit en criant qu'elle veut mourir... Et certainement, monsieur, c'est miracle si avant longtemps le bon Dieu n'a pas exaucé cette prière-là. C'est le tenter vraiment que de se secouer ainsi dans un moment pareil.
—Mais, madame, dit Fabrice sévèrement, vous auriez dû intervenir. C'est votre droit et votre devoir; vous représentez l'autorité du médecin.
—Intervenir... ah! bien, oui, monsieur. Croyez-le bien que je n'ai pas manqué d'intervenir. Mais monsieur m'a refermé deux fois la porte sur le nez, et la troisième fois, il m'a presque poussée jusque dans le jardin.
M. de Ligneul comprit alors la discrétion dont s'était vantée la garde; mais le chagrin et la terreur de la brave femme étaient visiblement sincères. Il s'élança vers la maison, traversa la première pièce, et, presque sans frapper, entra dans la chambre à coucher.
Le spectacle qui s'offrit à ses yeux différait fort de celui qu'il attendait. Pourtant, il commençait à trop connaître son ami, pour en éprouver beaucoup d'étonnement.
Lionel était à genoux contre le bord du lit; il tenait la main de Renée et la couvrait de baisers; deux grosses larmes, échappées de ses yeux, roulaient lentement vers sa moustache. C'était avec de telles attitudes d'adoration, d'humilité, de repentir, qu'il torturait le pauvre cœur avide de franchise et d'amour, qui vainement cherchant à le comprendre, se déchirait au dur rocher invisible de son intraitable égoïsme.
—Ah! gémit-il sans se relever lorsqu'il aperçut Fabrice, viens, mon pauvre ami, viens m'aider à lui dire comme je suis malheureux! J'ai brisé sa vie... J'ai cru qu'elle m'acceptait tel que je suis... Et voilà qu'elle comprend le bonheur autrement, et que je ne puis pas le lui donner!...