Lionel l'arrêta, et, ricanant:
—C'est elle qui l'a voulu.
Un singulier embarras fit monter une rougeur aux joues pâles de Fabrice:
—Elle?... murmura-t-il. Mais alors...
Il reprit:
—Mais toi? demanda-t-il. Tu ris... Tu ne l'aimes donc plus?
—Mon Dieu, dit Lionel, c'était une gentille maîtresse. Mais nous avons, elle et moi, deux personnalités trop fortes pour nous entendre. Je veux l'avoir d'une façon, elle veut m'avoir d'une autre. A lutter ainsi, l'amour s'effarouche et s'en va. Pour ma part, j'en ai assez,—conclut-il brutalement.
—Est-ce vrai? dit Fabrice. Est-ce tout à fait vrai? Es-tu sûr de ton cœur? Tu ne l'aimes plus, tu ne l'épouseras pas?
A partir de ce jour-là, une existence morale singulière commença pour les deux jeunes habitants de l'hôtel de Ligneul. La même demeure continua de les réunir chaque jour, la table commune les replaça sans cesse l'un en face de l'autre, une préoccupation de nature semblable les rendit tous deux rêveurs et silencieux. Cependant jamais ils ne furent si éloignés l'un de l'autre.