Et ouvrant la fenêtre, il jeta les fleurs au dehors, à tour de bras.

Puis il se lança dans la salle à manger.

—Des huîtres!... hurla-t-il. Du vin blanc!... Un vrai souper de fille en cabinet particulier!...

Il souleva la table d'une main et renversa tout sur le parquet.

Cette fureur inouïe, dont elle ne comprenait pas la cause; cette scène si différente de la réconciliation qu'elle attendait; les injures qu'elle entendait sortir de cette bouche, qui—avait-elle cru—lui apportait des excuses et des supplications, pétrifièrent absolument Renée. Elle n'avait jamais vu un homme dans une colère pareille, les cheveux hérissés, les prunelles roulant dans l'orbite agrandi, la voix tantôt rauque, tantôt montée en éclats effrayants. Chez Lionel surtout, ces violences l'impressionnaient d'une façon sinistre. Elle se demandait s'il était devenu fou; ou bien si—plus méchant qu'elle ne l'aurait jamais cru—il la torturait de parti-pris, pour le plaisir, pour se venger peut-être de ce qu'elle avait paru se soumettre et accepter son abandon.

Il ne voulait pas d'elle... Il ne voulait pas qu'un autre l'eût... Il ne voulait pas seulement qu'elle reprît possession d'elle-même! Tout à coup il lui apparaissait comme un démon malfaisant—dont il avait le visage, avec ses grincements de dents, ses gestes insensés, ses sifflements et ses cris.

En vain elle essaya de l'apaiser par de douces paroles. Puis, dans une agonie d'épouvante, elle alla au-devant de lui, tâcha de lui prendre les mains. Mais il la meurtrit brutalement.

—Tu me tues, dit-elle défaillante. C'en est trop, je sens que je meurs.

—Tu quitteras cette maison demain! criait-il. Demain, entends-tu? Je te mettrai dans un fiacre et je te ramènerai moi-même chez ta mère.

—Je comptais rentrer après-demain, Lionel... Tu attendras bien...