—Je n'attendrai rien. Je t'emporterai demain, à la première heure, en robe de chambre, comme tu es là. Tu ne dois pas rester seule ici une minute de plus, puisque tu n'es pas capable de te garder toi-même.

—Que veux-tu donc, Lionel? Faire un scandale affreux?... Ne m'as-tu pas assez perdue?

—Un scandale!... répéta-t-il. Avec cela que tu les crains, les scandales!... Hypocrite!... En tête-à-tête avec un homme, devant un souper fin, à onze heures du soir... Ce n'est pas scandaleux, cela?

—O Lionel! il était neuf heures et demie. A quoi penses-tu? Un souper fin?... Je me laissais mourir de faim sans ce pauvre garçon...

—Ne me parle pas de lui!... rugit-il.

Puis, après avoir bousculé un moment de côté et d'autre, il demanda:

—Où sont les clefs de la maison? Rends-moi les clefs.

Renée, péniblement, chercha aussi, puis tout à coup, se rappelant:

—Tiens! dit-elle, M. de Ligneul les a emportées. La femme de ménage rapportera les miennes demain matin; mais les autres, M. de Ligneul a oublié de les remettre en revenant du restaurant.

Elle eut à peine le temps d'achever; d'un grand coup Lionel l'avait abattue à terre. Mais la voyant évanouie, la croyant blessée, il eut peur de ce qu'il avait fait. Il se calma soudain, la releva, la porta sur le lit. Dès qu'elle rouvrit les yeux, cependant, sa colère le reprit. Et Renée le croyait devenu fou, en voyant sa tête s'approcher d'elle avec des regards aigus, des dents serrées, des injures sifflantes: «Traîtresse!... Vipère!...»