—Je le vois, parbleu, clairement, dit Fabrice. Et je ne lui souhaite pas de s'en repentir. Adieu.
Il salua, sans vouloir toucher la main que lui tendait Lionel, remonta en voiture, et repartit pour Paris.
Une sorte de lune de miel recommença pour les amants dans la petite maison de Clamart. Les quelques lettres que M. de Ligneul avait eu l'occasion d'écrire à Renée furent brûlées sur la demande de Lionel; et le jeune homme tenait sa maîtresse serrée contre lui, tandis qu'elle regardait d'un œil pensif s'envoler parmi les étincelles tant de délicates paroles qui jadis avaient apaisé ses angoisses et fait connaître à son âme la profondeur et la vérité d'un sentiment absolu. Qu'éprouvait-elle, en voyant danser les cruelles flammes légères, moins cruelles que son propre cœur, heureux en ce moment? Elle se tourna vers Lionel:
—Tu es satisfait? lui demanda-t-elle. Elles étaient pourtant bien innocentes, ces lettres.
—Cela ne fait rien, dit-il. Je ne voulais pas les voir entre tes mains, dans tes affaires, à côté de celles que je t'ai écrites. Je t'aime tant, ma chérie! Je sais maintenant vraiment ce que c'est que le bonheur.
—Notre bonheur, dit-elle doucement, est le même qu'il y a un an... Pourquoi, puisque nous le possédions, l'avoir racheté si cher, nous être chargés d'un remords?...
—Ne regrette rien, reprit-il. J'étais fou, si tu veux... Pourtant il ne m'en fallait pas moins pour l'apprécier véritablement, ce bonheur. Maintenant je suis sûr de toi, j'ai vu ce que tu pouvais me sacrifier.
Il fut un peu ébranlé cependant, au milieu de sa sécurité égoïste, lorsque, retournant rue Las-Cases au bout de quelques jours, pour reprendre également à Fabrice les billets de Renée, il apprit par les domestiques que M. le vicomte se trouvait en danger de mort, soigné par une tante de province, accourue à la première nouvelle, et visité plusieurs fois chaque jour par une des illustrations de la Faculté.
—Quand? Comment est-il tombé malade? interrogea-t-il.