—C'est tout différent aujourd'hui, disait Lionel. Au commencement, vois-tu, je ne t'aimais pas la moitié autant qu'à présent. Je te connais si bien, je t'ai vue si dévouée, si patiente, si bonne! Puis notre fille, notre chère petite fille, c'est envers elle aussi que je m'engage, c'est à elle que je fais la promesse. Seulement, de ton côté, dépêche-toi, mignonne. Rentre au plus tôt chez tes parents, afin qu'en revenant je puisse aller t'y faire ma cour, et que nous soyons mariés bien vite.
—Puis-je annoncer la bonne nouvelle à ma mère? demanda Renée.
—Certainement, ma chérie, tu le peux, répondit Lionel. Ou, fais mieux: tu auras besoin d'elle pour tes petits préparatifs de retour. Tu es encore faible, je n'aimerais pas te savoir seule. Prie donc Mme Sorel de venir ici t'aider. Je lui annoncerai moi-même ma résolution, et je partirai bien tranquille, vous laissant à toutes les deux le cœur content. Ta mère me pardonnera le mal que je lui ai fait, quand elle verra comme je t'aime et que je vais tout réparer.
Renée, que l'idée de cette réconciliation comblait de sécurité et de bonheur, prépara une entrevue entre sa mère et Lionel.
La vieille dame fut digne et émue; le jeune homme, repentant et pathétique. Il baisa les mains de Mme Sorel et jura qu'elle trouverait en lui le fils le plus dévoué.
Sur-le-champ, on fixa le jour où Renée rentrerait à Paris.
C'était cela seulement que voulait Lionel.
On laisserait les meubles dans la petite maison de Clamart, louée jusqu'à janvier. D'ici là, le service des Archives serait organisé, l'appartement du Palais-Bourbon mis à la disposition du jeune Duplessier; on transporterait tout là-bas et l'on procéderait bien vite à l'installation du jeune ménage.
C'est ainsi que Lionel put partir, absolument sûr cette fois qu'aucun coup de tête de Renée, qu'aucune entreprise d'un rival ne viendrait se mettre en travers de ses plans. La jeune femme, remise entre les mains de sa mère, se retrouverait bientôt dans son cinquième de la rue Darcet, comme un oiseau qu'un appât de millet et d'eau fraîche fait enfin rentrer dans sa cage. Et la clef de cette cage, Lionel se croyait bien certain maintenant, quoi qu'il fît, de ne pas se la voir refuser pour longtemps.
Dès la première lettre qu'il reçut de Renée, datée de sa chambre de jeune fille, et toute pleine des émotions du retour et des espérances de l'avenir, il lui écrivit nettement, brutalement, en quelques mots, que, décidément, il ne l'épousait pas, et qu'elle n'en cherchât la raison ni dans un entêtement de ses parents, ni dans un changement quelconque à la situation. De raison, il n'en avait pas à lui donner, sinon celle-ci: tout simplement qu'il avait changé d'idée.