—Leur dis-tu donc que tu viens ici?

O puissance de l'amour et de la jeunesse! Lionel fit cette question d'un ton si drôle, que Renée ne put s'empêcher de sourire.

Alors il l'enveloppa de ses plus douces caresses. Il parla du petit être qui serait à eux deux avec de telles paroles que, malgré l'épouvante actuelle, il éveilla et fit vibrer chez Renée des cordes inconnues.

—Mais, s'écria-t-elle en sanglotant, il ne m'appellera jamais sa mère, et s'il apprend que je le suis, il grandira pour me mépriser.

—Ah! bien, il aurait affaire à moi, dit Lionel, s'il méprisait une adorable mère comme la sienne! Je serai là pour lui dire ce qu'elle vaut, et quel admirable sacrifice elle m'a fait, à moi, son père. Laisse donc, petite folle, ajouta-t-il, tout s'arrangera. Les plus gros ennuis sont passagers. Il n'y a qu'une chose éternelle, c'est notre amour.

L'influence de cet homme adoré était si forte sur Renée, qu'elle le quitta dans un apaisement profond, et presque prête à partager sa joie. Elle aurait appris que ses craintes étaient vaines, qu'elle eût éprouvé une sorte de désappointement. Il semblait si fier, si profondément heureux de ce qu'elle lui avait annoncé.—«Ne te tourmente pas, lui avait-il dit. Viens au bal demain, et ne pleure pas d'ici là pour être bien jolie. Je veux te présenter à Gambetta. Tout s'arrangera. Ne nous aimons-nous pas, et n'est-ce pas la seule chose importante? Aie seulement confiance en moi.»

Le lendemain, Renée Sorel eut presque les honneurs du bal.

Lorsque Lionel arriva, l'un des premiers, elle descendait précisément l'escalier, entre deux haies de fleurs, des touffes de lilas et de camélias. Fraîche, souriante, dans sa toilette gracieuse et simple, elle ne portait sur son visage aucune trace des effroyables préoccupations qui l'avaient bouleversée pendant quelques jours. Toute crainte de l'avenir s'était dissipée sous les baisers de Lionel. Étonnée elle-même de la sécurité absolue dont le sentiment l'avait envahie tout à coup, elle se livrait au plaisir d'assister à cette belle fête, de voir de près l'homme puissant dont la haute fortune traînait son amour à la remorque, pour ainsi dire, comme un vaisseau de haut bord entraîne et cache une humble barque dans son sillage. Ce Gambetta, elle l'admirait et l'aimait presque avec superstition. Puis elle savait qu'elle serait jolie, qu'elle serait admirée, qu'on parlerait du portrait de Gisèle, et d'avance, elle faisait hommage de tous ces succès à Lionel, elle se réjouissait qu'il en fût témoin.

Elle vit tout de suite dans son regard combien il était fier d'elle.

—A la bonne heure, lui dit-il à voix basse, tu n'as pas gâté mes bluets.