Tous deux prirent le train à la gare Montparnasse et descendirent à la gare de Clamart. Puis ils montèrent sur l'impériale du tramway dont les rails s'étendent à travers le village et vont jusqu'en haut du pays. Ils voulaient respirer l'air délicieux de ce premier jour de printemps, plutôt que les odeurs douteuses à l'intérieur du véhicule. Les petites maisons blanches filaient devant leurs yeux, et semblaient rire par toutes leurs fenêtres ouvertes au gai soleil ressuscité. Autour d'elles, dans les jardinets, et plus loin, par les brusques ouvertures des ruelles transversales s'en allant vers les champs, on apercevait des têtes neigeuses de cerisiers ou de pommiers déjà fleuris. Des enfants jouaient dans la rue et se poursuivaient avec des cris de joie. Sous les vêtements d'hiver, que l'on n'eût point encore osé alléger, on trouvait presque excessive la chaleur inattendue.
En descendant du tramway, à la tête de ligne, Renée mit sa jaquette de peluche sur son bras, afin de marcher plus facilement.
—Est-ce encore loin? demanda-t-elle.
—Nous y sommes, répondit Lionel. Aurais-tu jamais imaginé aussi près de Paris un petit coin aussi perdu? Aucune de tes connaissances ne viendra te chercher ici. Ce n'est pas un endroit de villégiature. On ne demeure pas à Clamart.
—J'ai entendu parler des bois de Clamart, fit la jeune fille.
—C'est vrai, les grisettes et les commis de magasin y font des parties le dimanche. Mais tu en seras quitte pour ne pas sortir ce jour-là. Pendant toute la semaine, nous en serons les vrais propriétaires, de ces bois, et tu sais qu'ils sont ravissants.
On en apercevait les cimes dénudées et toutes grises par delà les murs peu élevés des maisons qui s'espaçaient. Ce n'était plus la rue populeuse, animée, du village. De grandes propriétés bien closes bordaient la route des deux côtés. L'imagination toute parisienne de Renée s'émerveillait du silence et de la solitude, dans cette lumière calme et crue qu'aucun feuillage n'interceptait encore. Comme ils arrivaient près de la forêt, là où tout vestige d'habitation devait cesser, semblait-il, Lionel tourna dans une allée à droite et s'arrêta devant une petite porte verte dont la partie supérieure était formée d'une grille, doublée d'un volet plein, au centre duquel s'entrebâillait un guichet. Il s'arrêta, chercha une clef dans sa poche.
—Tu vois, Renée, quand tu seras seule, tu n'ouvriras jamais sans avoir d'abord regardé qui est là, à travers ton guichet. La disposition de cette porte m'a tenté. J'ai pensé à tout. Tu seras là-dedans comme dans ton petit château-fort. La Belle-au-Bois-dormant, n'est-ce pas, mignonne? Et il n'y aura que moi, ton prince Charmant, qui pourrai y pénétrer.
—Oh! mais tu ne m'y laisseras pas souvent seule, j'espère bien, dit Renée; autrement, j'y mourrais de peur.
Ils entrèrent.