— Qu’est-ce que c’est que ça… une bombe-surprise ? » demanda Bernard, tandis qu’une étincelle gourmande éclaircissait son orageux regard.

— « Reste, et tu le verras, grand gosse ! » dit tante Gil, en riant.

Elle s’en alla conférer avec le glacier, pendant que Gilberte expliquait :

— « Une bombe-surprise, c’est de la glace à la vanille, en dehors, avec une crème au chocolat chaude, en dedans.

— Ça doit bien faire, entre la langue et le palais », affirma Bernard, décisif.

— « Tu peux toujours en manger. Tu auras bien le temps de te suicider après », insinua Gilberte, avec une gravité malicieuse.

Son frère daigna sourire. Mais, aussitôt, revenant aux allures tragiques, il prit sa sœur à l’épaule, la regarda au fond des yeux.

— « N’empêche, ma petite, que tu n’oublieras pas ce jour-ci. Tu t’es mise contre moi avec ta marraine…

— Peux-tu dire !…

— Tu t’es mise contre moi avec ta marraine. Tu auras ta part de responsabilité dans ce qui arrivera. Ma résolution est prise. Je serai aviateur. Pas si bête que de me suicider !… On fait toujours ce qu’on veut, dans ce monde, quand on le veut bien. »