— Vos épreuves !… Ah çà ! ai-je mérité que vous me punissiez encore ?… » s’écria-t-il — avec une bonne grâce qui fut presque cette fois de la grâce tout court. — « Votre chronique paraîtra demain matin, quoi que vous m’ayez fait. Et je vois que vous allez me faire beaucoup de peine. »
Son accent, sa promesse, éveillèrent chez la jeune fille une vibration de sympathie.
— « Et comment vous ferai-je beaucoup de peine ? »
Avec quelques réticences, diverses circonlocutions, puis une brusquerie à la blague, il dévoila son projet. Il voulait proposer à Gilberte un dîner de camarades, dans un coin de verdure qu’il connaissait.
— « On entre par un sentier discret du Bois. Nul ne peut vous voir. Cependant, les bosquets sont séparés par de si légers rideaux de verdure, que rien ne ressemble moins à un cabinet particulier. Vous me devez cela, ma petite Gilberte. N’ai-je pas été le plus respectueux des amis ? Nous parlerons seulement de l’évolution du jeune féminisme, et de la précieuse collaboratrice que vous serez pour le Gulliver, en vous occupant de cette question. »
L’éclair dans les yeux veloutés ne lui échappa point. « Serait-ce tout de même possible ? » pensait Gilberte. Une palpitation souleva son corsage.
Aussitôt il la fit rire, sans qu’elle pût s’en empêcher, car il avoua :
— « J’ai choisi mon jour. Je sais bien que, ce soir, votre tante assiste au banquet des Trente mille lignes. Parbleu ! elle était de la commission qui est venue me demander de le présider. »
Il leur faussait compagnie, sous prétexte d’un départ imprévu. Et, comme, effectivement, il prenait le train à minuit, l’alibi se justifierait. Mlle Andraux ne pouvait être compromise.
— « Voyons », conclut-il, « je vous quitterai forcément vers onze heures. De huit heures et demie à onze heures, craignez-vous de ne pouvoir tenir en respect un vieux bonhomme comme moi, dans un endroit où nous devrons parler bas si nous ne voulons pas être entendus ?