— Ce n’est pas cela », dit la jeune fille. « Mais ensuite, vous vous croirez des droits. Vous m’accuserez de jouer un jeu de coquette, s’il me convient d’en rester là. »

Une souffrance crispa la face de Monbardon. L’ironie, la morgue, la glaciale indifférence fondirent. Ce fut émouvant, chez cet homme. Et aussi l’accent changé troubla Gilberte.

— « Vous n’êtes pas bonne… Je savais bien que vous alliez me faire du mal. »

Il se détourna, marcha dans la pièce.

— « Eh bien, n’en parlons plus. »

Puis, revenant vers elle :

— « Vous ne savez pas quel sentiment vous brisez. Vous auriez fait de moi ce que vous auriez voulu. »

Interdite, émue, amollie de pitié, assaillie par l’inquiétude de gâcher une chance unique pour un scrupule de fausse pudeur, mal fixée sur les libertés féminines permises dans ce milieu littéraire où elle prétendait entrer, Mlle Andraux demeurait debout, muette, bouleversée jusqu’aux larmes. Elle tâchait de garder bonne contenance, d’agir en femme soucieuse de sa dignité. Et elle avait envie de s’écrier, comme une petite fille : « Oh ! mais, que faut-il faire ? » La fierté aussi d’être tant pour un personnage comme le directeur du Gulliver, la certitude de retourner à son néant si elle quittait ce cabinet sur un adieu définitif, ajoutaient à sa perplexité.

Il vit les cils humides battre sur l’effarement des yeux de douceur. Les mains de Gilberte furent dans les siennes.

— « Ah ! vous venez ! vous venez !…