Mais comment faire ?

Il avait quitté le Gulliver, certainement. Adresser un mot chez lui, que déposerait le chauffeur de l’auto ?… Gilberte n’osait. Sous quel régime conjugal vivait-il ? Un billet de ce genre est un engin dangereux.

Elle indiqua pourtant le numéro de la rue de la Faisanderie où demeurait le directeur du Gulliver. Elle connaissait bien cette adresse, pour l’avoir cherchée dans le Tout-Paris. La personnalité de Monbardon, depuis quelques mois, quoi qu’elle en eût, se mêlait à son existence.

Dans son petit sac, elle avait un bloc minuscule de ces papiers tout gommés qu’on plie en forme de lettre. Elle griffonna au crayon sur l’un d’eux, ferma soigneusement. Puis, au concierge, — haletante de la crainte d’être surprise :

— « Pour monsieur Monbardon… pour lui seul, n’est-ce pas ? »

Glissant une pièce dans la main du portier :

— « Monsieur Monbardon sort à l’instant. Son auto n’a peut-être pas tourné le coin de la rue. »

Elle reprit sa lettre, s’enfuit.

— « Boulevard Raspail », dit-elle au chauffeur.

Comme la voiture traversait la rue Spontini, Gilberte eut juste le temps d’apercevoir une auto arrêtée contre le trottoir qui longe la Fondation Thiers. Un étrange sourire lui vint aux lèvres. Un plus étrange sentiment lui noya l’âme, mélange d’un orgueil amer, d’un regret subtil, avec un retour soudain de compassion attendrie pour celui qui, là-bas, ne pensait qu’à elle, — vainement.