Le lendemain matin, aussitôt levée, Gilberte envoya Céline chercher le Gulliver.

Lentement, la jeune fille déploya la feuille, qui sentait si fort, étant toute fraîche, l’odeur — grisante pour les écrivains à leur début — de l’encre d’imprimerie.

Le titre de sa chronique lui sauta aux yeux, à la première page, vers le milieu de la dernière colonne.

Elle tourna le papier pour voir son nom — son nom que des milliers de lecteurs, l’élite du monde pensant, des savants, des illustres, des puissants,… des rois ! — liraient ce matin.

Le journal glissa. Elle revit la forme de l’automobile, arrêtée, dans l’attente, à l’angle de la rue Spontini.

Ses yeux pleins de songe s’en allèrent vers son arbre, qui frémissait de toutes ses feuilles, dans le baptême rose du jour nouveau.

VII

Les Malheurs d’une arpète, drame en six actes et huit tableaux, étant à peu près à point pour la scène, et les répétitions ne devant commencer qu’en septembre, Gilles de Claircœur envisagea la possibilité de se reposer hors de Paris pendant la canicule.

— « Qu’en dis-tu, Gilberte ? Si je t’emmenais en Suisse ? Ou bien au bord de la mer ? A ton choix. Nous avons six semaines devant nous.

— Oh ! marraine… Que tu es gentille ! Ça serait bon pour nous deux de quitter un peu ce vilain Paris.