— « Parlez, mon cher Théo », fit-elle avec rondeur. « Vous savez que j’aime vos enfants comme s’ils étaient les miens.

— Voilà. C’est ce qui nous encourage. Tu vois, Loulou. Notre Gil n’a pas moins d’affection pour ces pauvres chéris, que diable ! Un entraînement, un coup de tête, ça peut aveugler un instant. Ça ne touche pas le fond du cœur. »

« Loulou » parut ne pas avoir entendu que son mari s’adressait à elle. Sa face plate, sans aucun joli modelé, sans accent, mais qu’elle croyait belle et distinguée, à cause d’une bouche trop petite, d’un nez écourté (qu’elle disait fin), et de deux yeux froids, d’un bleu faïence (elle traduisait « pervenche »), demeura figée. Cependant, les étroits ourlets roses des lèvres se froncèrent autour d’une ouverture déjà trop resserrée, dont ils dénaturèrent ainsi fâcheusement l’apparente destination.

— « Qu’est-ce que vous voulez dire ? » demanda Claircœur à M. Andraux.

Elle était devenue un peu pâle. Mais, assise à contre-jour, dans le crépuscule d’été, elle se félicita qu’on ne pût voir si elle montrait quelque trouble.

— « Vous faites du théâtre », reprit Théophile, « Mon Dieu ! Je ne vous dirai pas que c’est une fantaisie… voyons… entre nous… passablement dangereuse.

— Une fantaisie !… Mais c’est mon métier d’écrivain.

— Oh ! vous êtes romancière. Vous réussissez dans le feuilleton. Il ne s’ensuit pas que vous aurez du succès à la scène. Le théâtre… c’est une carrière à part. On ne s’improvise pas auteur dramatique.

— Eh bien, si j’échoue… je ne serai ni la première ni la dernière à en courir l’aventure.

— « Aventure » est le mot.