— Elle n’offre pas beaucoup de dangers, quoique vous l’ayez qualifiée tout à l’heure de « dangereuse ». Du moins, je ne vois pas…
— Vous renoncez à écrire votre roman annuel. Le directeur du Petit Quotidien peut s’en plaindre.
— Oh ! Boisseuil, c’est un ami. Puis, c’est réglé, ça. Je me suis arrangée avec lui.
— Eh ! eh !… il apprendra qu’il peut se passer de vous. Les lecteurs aussi. »
Claircœur se redressa, nerveusement.
— « Enfin, mon bon Théophile, c’est mon affaire.
— Certes, ma chère sœur… » (Il osait employer ce vocable dans les grandes occasions.) « Cependant, vous nous avez habitués à parler ouvertement de tout, avec vous, même de vos intérêts. Combien de fois ne m’avez-vous pas dit : « Théo, une femme seule comme moi, dans la vie, peut être exploitée, roulée, donnez-moi tel ou tel conseil… » Sur des placements, entre autres, je me souviens. Vous ajoutiez : « Vous êtes mon frère. »
— C’est parfaitement exact. Mais, cette fois, vous l’ai-je demandé, le conseil ? »
Ici, Louise intervint.
— « Oh ! ma chère, quel ton ! Vous n’avez pas besoin de le prendre comme ça. D’ailleurs, Théophile, je ne te conçois pas, toi non plus. Tu t’embarques sur des questions d’argent. Est-ce que cela nous préoccupe ? Tu m’as dit toi-même : « Gil manque son roman de cette année. C’est cinquante mille balles qu’elle fiche à l’eau. Mais il faudra la féliciter si elle s’en tire à si bon compte. » Jamais il n’est entré dans notre tête de lui montrer quel gouffre elle a ouvert dans sa caisse. Nous aurions l’air de songer à l’avenir des petits. Bon Dieu ! que leur tante se ruine ou non, ils n’en seront pas moins les braves gens que notre exemple en aura fait. C’est l’essentiel. »