Du vinaigre, coupé d’acide citrique, et employé comme dentifrice, en écoutant scier une pierre de taille, provoquerait à peu près la contraction de mâchoires et l’acidité de salive, effets d’une semblable éloquence. Claircœur n’y échappa point. Il lui fallut un instant pour laisser s’éteindre dans ses oreilles le grincement des paroles et du ton. Elle contint une réplique furieuse et blessante, qu’elle eût expiée par des larmes de sang. Car une brouille avec les Andraux était la perte de tout ce qui représentait, pour cette affamée de tendresse, le pain quotidien de son cœur, l’aliment faute duquel ce lui serait une douleur de vivre.
Elle réussit enfin à proférer tranquillement :
— « Qu’y a-t-il donc d’offusquant dans le fait que je termine une pièce de théâtre pour qu’elle soit jouée cet automne, si nous mettons de côté les questions d’intérêt ? »
— Je vais vous le dire », déclara Louise. « Théophile nous tiendrait deux heures avec ses « si » et ses « mais ». La franchise est ce qu’il y a de mieux. Je suis mère. A ce titre, je peux sentir et exprimer des nuances qu’un homme ignorera toujours… C’est une mère qui vous parle, Gilles de Claircœur. »
Claircœur se gardait d’en douter. Point n’était besoin d’affirmer ce détail avec tant d’emphase. Surtout, pour poser la question, qui suivit aussitôt :
— « Gilles, vous comptez aller en Suisse, n’est-ce pas ?
— Oui.
— Et emmener Gilberte ?
— Bien entendu.
— Est-ce que monsieur Fagueyrat ira vous y rejoindre ?