— M’y rejoindre !… »
Claircœur entendit bruire dans ses oreilles le battement de ses artères. Il y eut un silence. Puis Théophile développa :
— « Sans doute. Quoi de plus vraisemblable ? Vous travaillez journellement ensemble. Votre collaboration ne peut s’interrompre pendant six semaines… juste au moment d’aboutir.
— Je ne comprends pas pourquoi vous me demandez cela », dit la romancière, dont la voix frémissait.
— « Parce que, chère amie, en ce cas, vous pourriez ne pas emmener Gilberte, nous la laisser… »
Claircœur eut un cri profond.
— « Oh ! cette enfant… que j’ai élevée !…
— Gilberte n’est plus une enfant », déclara Louise. « C’est une jeune fille, dont la réputation est à la merci d’un potin, d’une apparence fâcheuse. Vous vivez à l’écart du monde, ma pauvre amie. Vous ignorez certaines interprétations… »
Le monde à l’écart duquel vivait Claircœur, et dont l’opinion faisait loi pour Louise, se composait des locataires de la maison du quartier de Grenelle, habitée par les Andraux, de la concierge, porte-parole des locataires, d’une ouvrière à la journée, de quelques épouses d’employés au ministère, et, planant sur tout, de M. Cochart, chef de bureau, que sa vaine tentative galante auprès de Gilberte laissait saturé de soupçon et de fiel.
— « Oui », répéta Louise, hochant la tête, « le monde est impitoyable. Il faut le prendre comme tel.