— « Petite marraine… Si tu savais !… J’ai besoin d’aller loin, comme ça, avec tous les miens. Je t’en saurai gré toute ma vie ! »


Plus tard, dans la soirée, les Andraux partis et sa filleule lui ayant souhaité le bonsoir, Claircœur s’enferma dans son cabinet de travail. Non qu’une inspiration soudaine la pressât de noter quelque sujet de roman ou de remanier quelque scène de sa pièce. Elle sortit d’un tiroir à double fond des livres de comptes, un portefeuille, une pochette de cuir contenant des récépissés de valeurs.

Longtemps, elle compulsa ces différents objets, résumant sur un bloc-notes les données de leurs chiffres. Elle examina aussi un itinéraire de chemins de fer, et un guide en Suisse, où se trouvaient les prix des hôtels et pensions.

En dernier lieu, elle fouilla dans une sacoche, et en retira des factures, — d’ailleurs acquittées. (Claircœur payait toujours comptant.) Entre ses doigts, un peu fébriles, glissèrent des notes de couturières, de lingères, de modistes, d’orfèvres, de dentellières, de vins et liqueurs de grandes marques, de fleuristes. Puis vinrent des reçus pliés, qu’elle enfouit aussitôt, sans les déplier, sans les relire.

Claircœur s’accouda, soupira.

« Quelle année !… » murmura-t-elle. « Si ma pièce n’était qu’un succès moyen… »

Mais elle secoua les épaules, se reprit :

« Voyons… Fagueyrat met tout son avenir de directeur sur Les Malheurs d’une arpète. Il joue une plus grosse partie que moi. Et il ne doute pas, lui. »

Elle ajouta, plus bas, très bas, — lentement, comme si elle savourait les mots :