— « Oh ! cette bête !… cette bête !… ce monstre !… » balbutia la dame de Grenelle.
— « Quel monstre ?… quelle bête ?…
— Ce doit être une chauve-souris. »
Gilberte fut saisie d’un fou rire. Mais un léger sursaut la secoua. Un vol soyeux effleurait sa joue. Autour d’une des bougies tournoya quelque chose d’obscur et d’effaré.
— « Ce n’est qu’un papillon », dit Claircœur.
— « Un papillon ? cette ignoble bête !… Vous êtes folle, ma chère ! » cria Louise.
Le vol palpitant montait maintenant vers le plafond blanc, s’y heurtait, aveugle, dans les reflets mouvants des lumières. Et le corps velu de l’insecte, ses ailes pelucheuses, laissaient à chaque coup, sur la nette surface, une tache de cendre vivante.
— « C’est un sphinx. Il est entré par la fenêtre. Il doit y avoir des ruches non loin d’ici », prononça tranquillement la romancière. « Viens, Lilie, n’aie pas peur », ajouta-t-elle en détachant la petite du corps convulsif de Louise. « Regarde, ce n’est qu’un gros papillon de nuit… Un mangeur de miel… L’ennemi des abeilles. Mais il ne peut te faire aucun mal. Nous allons le prendre. Tu le verras mieux. Un beau sphinx tête-de-mort.
A ces mots « tête-de-mort », Nathalie, dont Mme Andraux venait de détraquer les nerfs puérils, tomba presque dans des convulsions.
— « Je ne veux pas !… je ne veux pas voir une tête de mort. Emmène-moi, maman !… Emmène-moi ! »