Mais Louise ne la reprit pas contre elle. Honteuse d’avoir fait tant de bruit pour un papillon, elle jugeait bon de simuler l’évanouissement. Il fallut lui taper dans les mains et l’inonder d’eau de Cologne.
Elle revint à elle, pour suivre, d’un œil sournois, la chasse au sphinx.
— « Si vous ne le détruisez pas », soupira-t-elle, « je ne dormirai pas ici. J’aimerais mieux mourir. »
Et elle conclut :
— « Vous ne l’aurez jamais. Il faudrait un homme dans cette maison. Demain, je télégraphie à Théophile. C’est insensé de rester ainsi des femmes sans défense, dans une habitation solitaire. Tout peut arriver. Quelle leçon !… Ah ! oui, c’est une leçon !… » répéta-t-elle, après un glapissement, — car le sphinx, épuisé, venait de s’abattre près d’elle.
— « Sur mon oreiller !… quelle abomination !… » brama-t-elle encore.
Contre la blancheur du linge, les ailes de peluche fauve s’étalaient, immobiles, lasses d’avoir si follement emporté le corps lourd. Les gros yeux nocturnes du sphinx brillaient comme deux perles de jais sous les antennes frémissantes. Des ondes d’angoisse passaient sous sa fourrure rayée de jaune et de bistre. Quelle somme d’effroi, de découragement, de souffrance mystérieuse, représentait cette infime chose vivante, à peine grosse comme un petit doigt de femme, entre les grandes ailes abattues et résignées.
Bien prompte pour une personne défaillante, Mme Andraux saisit à terre une de ses bottines, quittées l’instant d’avant, et la leva en massue.
— « Vous ne ferez pas ça ! » s’écria Claircœur, « vous ne ferez pas ça !… »
Ses deux mains protégeant l’insecte reçurent le coup de semelle que Louise eut à peine le temps d’atténuer.