— « Ne vous excusez pas, je l’ai risqué », dit la romancière.

Et, prenant délicatement le papillon, elle le porta dehors, refermant sur lui la croisée.

— « Maintenant, ma pauvre Gil… il va falloir que vous me donniez une autre taie d’oreiller », proféra la dame de Grenelle.

Et son regard se fixa avec dégoût sur le duvet brun, si subtil, presque immatériel, imprégné de nuit et d’air sauvage, qui dessinait une forme ailée à l’endroit où l’épouse d’un sous-chef devait poser sa tête, graissée de brillantine et constellée de papillotes.


Un jour arriva pourtant, où, dégagée de ces ennuis domestiques, la romancière voulut réaliser son projet de travail sur la terrasse aux glycines. Elle y fit porter une table, et s’y rendit avec un paquet de papier vierge, dont la grosseur attestait son entrain et sa bonne volonté.

La matinée d’août resplendissait. Le lac, d’un vif saphir entre le cadre immédiat des arbres, paraissait noir, en face, dans l’ombre de la muraille rocheuse, et se vaporisait, au loin, parmi des mauves fluides, avec son écrin de montagnes. Là-bas, où les promontoires énormes l’étranglent, où il semblait finir, ses eaux ne se distinguaient de la rive que par un ourlet d’hyacinthe. Tout fondait, même les formidables massifs, dans une atmosphère de perle et d’azur.

Contre ce paysage, irréel à force d’immensité, les verdures désordonnées et charmantes du jardin prenaient une couleur, un relief excessifs. Chaque arceau de la frêle glycine enfermait une alpe bleue.

Dans le soleil, des parfums se volatilisaient. Claircœur, suivant le sentier indistinct, écrasait des romarins, des menthes, des lavandes. Sur ses pas, les plantes foulées se redressaient, s’insurgeaient, dans l’exaspération de leur âme odorante.

Qu’il ferait bon écrire, ce matin, sous la pergola fleurie, au-dessus des eaux fraîches et mystérieuses !