— Je le suis », affirma-t-elle. « Oh ! sans aucun mérite. Qui se soucie de ce que pense un modeste bas bleu ?… Une vieille fille, tenez. Mettons une vieille fille. Car, pour ce que fut mon mariage… »

Elle s’arrêta, rougit. Quel besoin de révéler la pénurie amoureuse de son existence ? Louise Andraux eût-elle assez cruellement ricané ! Et avec raison.

— « Dites, madame de Claircœur, deviendriez-vous coquette ? C’est de la coquetterie de vous qualifier « vieille fille ». Vous savez… Avec ces yeux-là… »

Les grands yeux noisette — trop grands, mais ombrés maintenant de paupières qui s’avisaient de palpiter, de s’alourdir — contenaient un infini de douceur. Fagueyrat, amusé, — peut-être vaguement ému, — continua :

— « Et cette toilette !… Comme c’est flou, joli, ce linon brodé !

— Du travail suisse », expliqua-t-elle.

Il revint sur ce qu’il avait de changé, pour obtenir un compliment. Et il l’eut. Sa moustache, qu’il laissait pousser, lui allait bien. « J’en aurais mis une, en tout cas », dit-il, « dans votre pièce ». Cela seyait mieux à un directeur, lui ôtait l’air « menton bleu ». Soit à cause de cette moustache, soit qu’il eût maigri, son visage s’allongeait, plus nerveux, plus expressif. Et le regard, comme toujours lorsqu’on cesse d’être glabre, gagnait en profondeur.

— « Quel conquérant vous allez être ! » soupira-t-elle.

— « Moi, un conquérant !… »

Il leva les sourcils, rapprocha son fauteuil, prit une expression attristée, qui lui donnait l’air intelligent.