— « Ne raillez pas. Vous savez bien pourquoi j’ai voulu vous voir tout de suite ?

— Du tout. »

Elle frémissait, s’étonnait de la transition. Une de ces folies qui surprennent les âmes les plus sages fulgura, l’éblouit. Le visage de Fagueyrat se tendait, pâle, bouleversé comme d’une attente, si près du sien.

— « Blandine se marie, mon amie. Blandine épouse le marquis de Sépol. »

Claircœur le regarda, muette d’abord. Puis, des mots bien féminins, des mots qui étaient bien de ce cœur féminin, surtout, glissèrent, très bas, hors de ses lèvres :

— « Vous en souffrez, mon pauvre ami ! »

Suavité de la voix, délicatesse de la pitié. Le comédien n’avait pas préparé d’attitude là contre. Il eut deux larmes, deux larmes spontanées, au bord des cils.

— « Oh ! » murmura-t-il, l’accent rauque, détournant la tête, « ça passera vite ».

Ça ne passa pas à la minute, toutefois. Car Fagueyrat demeura un instant sans pouvoir parler. Il chercha la main de Claircœur, et la serra à lui faire mal. Tous deux se trouvaient isolés, en ce salon d’hôtel, derrière un paravent, dans l’embrasure d’une fenêtre. D’ailleurs, les voyageurs qui traversèrent l’immense pièce ne s’y arrêtèrent pas.

— « Suis-je stupide, hein ? » dit enfin le jeune homme. « Mais vous êtes si bonne ! Je vous sens tellement mon amie ! Devant personne autre, je ne me serais laissé aller ainsi… devant personne. Vous comprenez maintenant pourquoi je voulais vous voir toute seule, d’abord… Et pas chez vous. L’angine… un prétexte. Me voyez-vous pleurnichant comme un imbécile en présence de cette espiègle, votre nièce, mademoiselle Gilberte !… Elle qui m’avait blagué à propos de Blandine… Se serait-elle assez offert ma tête !…