— A son âge, on ne comprend pas… on ne sent pas », fit Claircœur. « Une enfant. »
Fagueyrat ouvrit des yeux comme s’il venait de loin. Puis il sourit.
— « Hé !… une enfant qui pourrait être une femme. Elle a… quoi ? vingt à vingt-deux ans ?
— Bientôt vingt et un.
— Majeure. Et… elle va bien, mademoiselle Gilberte ? Charmante, vous savez, malgré son humeur taquine.
— Elle ne taquine plus. Elle se renferme. J’ai un peu de chagrin à son sujet. »
La phrase tomba. Fagueyrat, malgré son attendrissement passager, ne songeait guère à accueillir les peines d’autrui. Les siennes mêmes, trop lourdes pour son endurance, n’obtenaient de lui que des sursauts de sensibilité. Il ne consentait pas à maintenir courbée sous leur fardeau son âme légère. Par égard pour la sentimentalité de Claircœur, qui le rendait intéressant à ses propres yeux, il garda un air endolori, pénétré. Mais, déjà, l’âpreté de la vanité blessée, la résolution de la revanche, stridaient en notes aigres parmi le roucoulement de l’élégie, lorsqu’il s’écria :
— « Enfin !… Ce qu’il faut, c’est trouver, pour le rôle de votre arpète, une perle, une révélation. Blandine saura qu’on la remplace sans difficulté, avec avantage. Qu’elle crève de jalousie !… c’est tout ce que je désire.
— Comment ! » s’exclama Claircœur. Ce n’est pas elle qui jouera « Lulu-tire-l’aiguille » !…
— Sûr que non. Elle quitte le théâtre. Sépol ne veut pas la voir sur les planches. Et, comme il est immensément riche… »