Qu’allait-il dire encore ?… Le doigt levé aux lèvres de Claircœur, un « chut ! » tendre, mais qu’il crut décisif, l’arrêtèrent. Comment ce fougueux garçon, peu habitué aux résistances, et qui se flattait de créer un miracle d’extase, pouvait-il comprendre l’héroïque maladresse d’une telle femme ?

Bouleversée d’un émoi trop foudroyant, craignant d’avoir provoqué les paroles délicieuses et inattendues, plus effarée qu’une jeune fille à son premier flirt, elle se troublait follement de s’être laissé deviner. L’endroit aussi l’oppressait, la paralysait, l’endroit profane, ce salon d’hôtel où tout le monde pouvait venir.

— « Taisez-vous, cher… cher ami », murmura-t-elle en une défensive de raison et de pudeur tellement involontaire que le regret de son cœur, tout bas, la démentait. « N’ajoutez rien. Réfléchissez. Il y a des paroles divines, qui ne gagnent pas à être prononcées trop vite. Si vous devez me les dire, je ne veux pas les devoir à… au chagrin que vous m’avez confié… à… à… notre commune émotion. »

Les derniers mots se perdirent en une sorte de balbutiement. Elle ne pouvait se résoudre à les formuler. Son répertoire de romancière, qui les lui fournissait, ne correspondait pas à la réalité éblouissante, douloureuse, mêlée de folie, de sagesse et de terreur, qui était en elle.

Sur ses lèvres traînaient, se figeaient, les pauvres syllabes, pourtant sincères, mais moins sincères que le cri contenu de son amour. Elle croyait devoir les dire et les dit mal, parce qu’elles étouffaient les belles clameurs qui eussent jailli si magnifiquement. Fallait-il qu’elle doutât de son visage pour cacher si bien son cœur !

Et le jeune homme, déconcerté, ne retrouvait plus sur ce visage, pendant qu’elle raisonnait, la grâce que le cœur y avait mise alors que la raison gardait le silence.

IX

Louise Andraux à Théophile Andraux

« Les Glycines, 14 août.

« Mon cher Théo,