— Tu l’as insinué, c’est pire.
— Pardon, maman Louise. Vous ne vous en rapportiez pas toujours à la Suissesse… Qu’est-ce que vous avez fait pendant une heure, dans la penderie aux robes, contre cette porte condamnée donnant sur le cabinet de travail de marraine, lorsqu’elle eut cette longue conversation avec monsieur Fagueyrat ?…
— Sors d’ici !… quitte cette chambre !… » cria l’épouse de Théophile, avec un accent et un geste où elle se révélait, il faut en convenir, non dépourvus d’aptitudes scéniques.
Alors se déroulèrent les péripéties de cette crise familiale.
Louise, désormais farouche et muette, continua de faire ses paquets. Dans le vague espoir qu’elle n’irait pas jusqu’au bout, Théophile s’installa de nouveau sur la terrasse, avec ses lignes, et une boîte d’asticots dont il était très fier. Machinalement, il plaçait l’asticot destiné au second hameçon entre ses lèvres tandis qu’il embrochait celui du premier. Sa pensée, malgré lui, se détournait du sport dont il était fou. A son oreille retentissaient les paroles de sa femme, écrasantes de dédain :
— « Oh ! mon Dieu, reste, toi. Je ne te demande pas de m’accompagner. »
Et la certitude qu’il s’exposerait aux pires représailles, en profitant d’une telle magnanimité, l’oppressait de mélancolie.
Dès le café pris, Fagueyrat s’était éclipsé, remontant au plus vite jusqu’à la cime du Rigi, à peine assez distante, à son gré, de ces Glycines secouées par l’orage.
Claircœur mit en œuvre tout ce qu’elle avait de délicatesse, de bonté, de logique, d’esprit, d’absurdité tendre du cœur, pour arranger les choses à la satisfaction de tout le monde. Elle fut stupéfaite de découvrir que tant d’éléments pacifiques, dont l’efficacité aurait dû normalement se doubler par ce qu’on lui devait d’égards, de reconnaissance, de confiance, devenaient autant d’explosifs et de fulminants dès qu’elle les approchait du brasier.
Louise lui déclara :