— « Ma chère, je veux bien ne pas vous en vouloir. Mais, vraiment, j’y ai du mérite. Que votre filleule tourne mal, c’est le moindre de mes soucis. Que je ne la revoie plus — pas plus que je ne vous reverrai sans doute — je n’y puis rien : vous l’aurez voulu. Mais me voilà obligée de me mettre en voyage à la hâte, avec des spasmes au cœur qui peuvent me tuer en chemin ! Et Théophile… ses vacances perdues !… Je le connais, il me suivra. Pauvre ami !… Car, enfin, malgré sa faiblesse pour sa fille, je suis tout pour lui, il ne voit que moi. Vous ne voudriez pas, tout de même, avec votre folie de théâtre — qui vous coûtera cher ! c’est moi qui vous le dis — avoir jeté le désaccord dans mon ménage, avoir séparé deux êtres aussi unis que mon Théo et moi ?… »

Répondre à la dame de Grenelle que les glycines sécheraient de son départ, ne souhaitaient rien tant que d’abriter encore son cœur spasmodique et les loisirs de Théophile… que le bonheur conjugal du couple Andraux serait cultivé, apprécié sous la pergola aux grappes mauves mieux que partout ailleurs, eut exaspéré ladite dame autant que les pires insolences, lui eût suggéré les plus amères récriminations, l’eut précipitée peut-être dans des convulsions nerveuses.

Claircœur dut y renoncer.

« Théophile sera plus raisonnable », pensa-t-elle.

Et elle se dirigea vers la terrasse.

Mais Théophile craignait toute explication qui l’eût amené à blâmer Louise, ou — pire alternative — à intervenir auprès d’elle.

Entendant des pas, devinant l’approche de la conciliatrice, il l’arrêta, sans tourner la tête, d’un geste de bras, à la fois impérieux et désespéré. Puis, il appuya sa canne à pêche, avec mille précautions, contre la balustrade, fit deux pas en arrière, sur la pointe des pieds, chuchota :

— « Retirez-vous, je vous en supplie !… Ça mord. Pas un mot !… Impossible de causer maintenant. »

Et il retourna fourrager, de ses doigts osseux, parmi ses vers de cadavre.

Quant à Gilberte, elle dit à sa marraine :