Tristan de La Persinière venait de murmurer cette phrase, lorsque la romancière crut entendre un grattement à la porte de son cabinet de travail. Aussitôt elle rejeta dans les limbes le trop adorable fantôme, et courut ouvrir, en s’exclamant :
— « Oh ! Criquette, ma petite poule !… Elle s’ennuie de sa mémère… »
Dans l’embrasure ouverte, des bouffées de rire, des clameurs de gaieté s’engouffrèrent. « Quelle chance ! » se dit Claircœur, « mon absence ne les contrarie pas trop. »
Et, vivement, elle referma sur sa visiteuse.
— « Ne faisons pas de bruit, Criquette. Ils voudraient venir… Et mémère n’a pas fini. »
Criquette remua un tronçon de queue, et regarda « mémère » avec des yeux tels que l’adorable fantôme, la femme perverse et divine, n’en avait pu poser de plus pathétiques sur Tristan-Honoré-Geoffroy, marquis de La Persinière. Pas de plus sincèrement tendres, à coup sûr.
Une chienne fox, de la plus petite espèce, avec un corps blanc presque aussi fin que celui d’une levrette, avec des taches noir et feu irrégulièrement départies sur sa tête, et lui plaquant de comiques œillères. De grosses prunelles de jais, toujours animées par un langage presque aussi nuancé que la parole humaine. Et deux coquines d’oreilles fauves, qui se dressaient comme celles d’un renard, n’ayant jamais, ni par conformation naturelle ni par persuasion, pu prendre la cassure chic, ni faire retomber leur pointe avec la désinvolture dont se piquent les fox-terriers de race, — les « Tristan-Geoffroy de La Persinière » de la gent foxine.
— « Viens, ma jolie, ma cocotte, mon trésor à quatre pattes. »
Sur de telles avances, Criquette n’hésita pas. Elle bondit dans le giron de sa maîtresse, qui s’était rassise. Mais elle ne s’y blottit pas en rond. Ce n’était pas l’heure. Elle leva ses yeux noirs — très grands pour sa race et maquillés d’un large cerne sombre — et regarda fixement Claircœur.
— « Ça t’étonne que je travaille quand nous avons nos amis », dit la romancière.