Tous ces portraits étaient des reproductions parues dans des illustrés. Ils adhéraient à un feuillet rose tendre, au haut duquel on lisait en caractères d’imprimerie : l’Argus de la Presse, puis, plus bas, écrits à la main, une date et le nom d’un journal.
— « Ce sont des articles concernant nos célébrités », expliqua M. Prosper. « Voyez ce que j’en fais. »
Il tourna les pages d’un album. Les découpures, texte ou vignettes, y étaient collées par ses soins, entre des titres calligraphiés, indiquant leur provenance, leur auteur, le jour de leur publication. Elles se séparaient par des traits de grosseurs différentes, dont quelques-uns, gras au milieu, s’effilaient au bout jusqu’à l’évanouissement. Des ornements en virgules, en vrilles, en pattes de hanneton, remplissaient les espaces laissés vides par l’irrégularité des placards.
— « Que dites-vous de ça ? Est-ce beau !… » interrogea M. Prosper.
Le sous-chef, s’intéressant, daignait sourire dans sa petite barbe carrée.
Gilberte s’étonna :
— « Mais », demanda-t-elle, « qui ça concerne-t-il, ces machins de journaux ?
— Des gens de lettres, des artistes. Ainsi, votre tante, madame de Claircœur… elle devrait me donner sa clientèle. Ça serait gentil. Elle doit être abonnée à l’Argus.
— Comment ? » dit la jeune fille. « Est-ce qu’il ne faudrait pas l’autorisation du ministre ? »
Cette naïveté divertit les deux fonctionnaires.