— « Voyons, tu penses bien que ce n’est pas un travail du bureau, mon mignon », observa Théophile. « Ce sont les petits bénéfices de monsieur Prosper. Il fait cela à ses moments perdus. Notre heure de déjeuner, par exemple.
— Et puis », ajouta M. Prosper, « quand il n’y a pas de besogne. Ça arrive souvent. Alors, quoi ? On ne fait pas plus de tort à l’administration que si on se tournait les pouces.
— Mais je le connais ! » cria triomphalement Gilberte, qu’intriguait en ses multiples effigies le client actuel de M. Prosper. « Je l’ai vu jouer quand marraine m’a conduite au Théâtre-Tragique. C’est Fagueyrat. Celui qu’on appelle : « le beau Fagueyrat ». Je ne sais pas pourquoi, par exemple !
— Vous ne savez pas ! » s’exclama M. Prosper. « Mais il est splendide !… Regardez-moi cette allure !
— Là, peut-être… en d’Artagnan, sous le feutre à panache. Mais en civil… ces grosses joues rasées, ces yeux qui clignent, cet air fat… Je lui trouve une tête à gifles.
— Oh ! cependant… Être comme cela ! » soupira le pauvre rédacteur, en remontant ses manches de lustrine.
— « Vous me plaisez mieux, monsieur Prosper. Oui, parole !… Vous avez une bonne figure, bien à vous, et pas une bobine à essayer des perruques. »
Le vieux gratte-papier rougit jusqu’aux oreilles. Ça avait beau lui être jeté par gentillesse, avec une légèreté espiègle… N’importe ! on n’entend pas de sang-froid une si jolie fille dire que vous lui plaisez.
— « Si tu t’en allais, maintenant, petite chatte », suggéra le sous-chef. « Au lieu d’essayer tes minauderies sur monsieur Prosper. Tu es venue trop tard au bureau. Voilà qu’il est l’heure. Va-t’en.
— Oh ! papa. Tu avais tant promis de me dire !… Tiens, j’attendrai, dans ce petit coin. On ne me verra seulement pas. »