Mais la petite personne s’énervait qu’on eût si tôt retiré de dessous son nez friand le fumet des louanges. Elle demanda, les yeux pleins de candeur :

— « Alors, monsieur, c’est vrai ?… Vous croyez que je n’ai pas tort de m’essayer à écrire ?

— Tort !… vous essayer !… » répéta l’emphatique chef de bureau. « Mais, mon enfant, croyez-moi, n’est-ce pas ? Vous êtes une des gloires futures, — je dis « gloires », n’est-ce pas ? du féminisme littéraire.

— Oh ! je ne suis pas féministe », s’écria Gilberte, avec un air de légère déception.

— « Tiens !… » s’étonna M. Cochard.

— « Non, non, j’espère faire mieux… »

Elle aurait préféré « une de nos gloires littéraires », sans désignation restrictive. Cochart, qui connaissait ses auteurs, insinua :

— « Cependant… George Sand… n’est-ce pas ?…

— Dieu ! ce qu’on nous rase avec celle-là !… soupira la jeune fille.

— « Tu as pu la lire, toi, Cochart ? » questionna Andraux. « C’est démodé, George Sand, mon cher. C’est vieux jeu, pleurnichard… Et les longueurs !… Non… si ma fille a quelque chose pour elle, conviens que c’est un je ne sais quoi qui ne ressemble à personne… une façon de ne pas finir… l’originalité, quoi !