— C’est que l’air est vif dehors. Et puis… j’ai beaucoup réfléchi.

— Voyez-vous ça !… Et à quoi, ma belle ?

— Marraine… vraiment… écoute. Ça n’est pas la peine que je passe le concours pour le ministère.

— Qu’est-ce que tu me dis là, mon petit ?

— Décidément, je ne me vois pas, toute la journée, dans un bureau. J’ai d’autres goûts, j’ai trop d’imagination, j’aime trop la littérature… Un bureau !… J’ai le caractère trop au-dessus de ça.

— Tu veux dire, Gilberte, que tu l’as trop au-dessous. Il en faut, du caractère, je t’assure… il faut un très grand caractère pour se soumettre à la routine d’un bureau, quand on rêve de devenir George Sand.

— Oh ! George Sand… »

La jeune fille eut un léger sourire de dédain, qui abasourdit Claircœur.

— « Mon enfant, c’est mon devoir de te donner un gagne-pain. Je te rends ainsi un plus grand service qu’en te léguant une fortune. Car la fortune, vois-tu…

— Pour qui me prends-tu ? » cria Gilberte, qui devint pourpre. « Ne me lègue rien, je t’en supplie !… Quel horrible mot !… Est-ce que je tiens à l’argent ?… Surtout à de l’argent que je n’aurais qu’en te perdant !… »