Les larmes lui jaillirent des yeux. La sincérité éclatait sur son jeune visage, mais parmi plus de colère contenue que d’émotion. Elle reprit :

— « Ai-je mérité que tu me parles ainsi ? Suis-je intéressée ?… Ou même seulement paresseuse ?… Est-ce que je crains le travail ?… »

La protestation eût gagné à venir du cœur, et non de l’orgueil, à être chuchotée, dans une caresse, contre la joue de celle qui l’avait élevée, — avec quel dévouement !

Ce fut Claircœur qui se leva pour aller envelopper de ses bras l’enfant offensée :

— « Je voudrais t’y voir, dans un bureau !… » murmura la petite, jetant un coup d’œil d’envie vers les grands placards surchargés de ratures et de signes bizarres. (Corriger des épreuves !… les épreuves de ce qu’elle aurait écrit !… comme cela l’aurait amusée !)

— « Mais j’ai fait des besognes plus ennuyeuses. J’ai passé les nuits à remettre à clair des dictées sténographiques… Tu étais en nourrice.

— Oh ! tu as eu si vite du succès…

— Vite ou non, j’ai attendu d’en avoir pour laisser le métier qui nous donnait du pain. Sait-on jamais si l’on en aura, du succès ? Ni quel genre de succès. Mes pauvres histoires sont une denrée qui rapporte, sur le marché des choses à lire. Mais des œuvres de génie ne font pas toujours vivre leur auteur.

— Je veux écrire… Quitte à crever de misère toute mon existence.

— Mais écrire quoi, mon petit trésor ?… Moi, c’est après avoir griffonné bien des pages que je me suis dit : « Tiens ! j’écris donc… Eh bien, allons-y ! »