— « Marraine », fit-elle, — et cette fois quelle câlinerie du geste, de la voix, des yeux chimériques et pathétiques ! — « marraine… moi aussi, je me ferai connaître, si tu consens…

— A quoi ?

— A porter mes chroniques au directeur du Gulliver.

— Mais il n’en accepterait pas écrites par moi, ma pauvre petite !

Mlle Andraux se mordit légèrement la lèvre, avec un regard au plafond. Sa marraine interpréta la mimique, non sans bonhomie :

— « Oui, je sais… J’écris mal, tandis que toi !… Mais enfin, mon petit mignon, si mon genre littéraire est méprisable, quelle autorité aurais-je pour imposer l’œuvre d’une autre ? »

Ce fut par étourderie, par l’avide impatience de la jeunesse, non par une cruauté consciente, que Gilberte rétorqua vivement, avant de réfléchir :

— « Tu es quelqu’un, quand même. Il te recevrait sur la seule présentation de ta carte. Tu le déciderais à me lire. C’est tout ce que je demande. »

Une contraction nerveuse donna une expression bizarre, presque grotesque, à la grande figure chevaline de la romancière. Elle pencha la tête, en silence.

— « Petite marraine… Je t’en prie, petite marraine, je t’en supplie ! je sais que mes essais ont de la valeur.