— Tu sais cela ?… Mon Dieu, que tu as de la chance !
— Dis oui, marraine !… »
Gilberte s’anima, joyeuse, comme si le « oui » était prononcé.
— « Et après, je travaillerai près de toi, avec toi. Je te rendrai un tas de services ! Je corrigerai tes épreuves.
— Mais, moi, Gilberte, j’ai peur de t’en rendre un si mauvais, de service.
— Non ! non !…
— Tu m’en voudras, si tes essais sont refusés.
— Jamais de la vie !
— Et je m’en voudrai, s’ils sont reçus », murmura la mère adoptive.
Gilberte, qui entonnait un chant de triomphe, n’entendit pas cette phrase, lourde d’anxiété pour son destin. Tout de suite, ayant obtenu ce qu’elle souhaitait, elle fut de nouveau la brillante fleur, parfumée de joie, qui étonnait, charmait les passants, le long des trottoirs cendrés par l’hiver. Souriante, redressée, ivre d’avenir, elle s’échappa, dans sa grâce agile, pour aller revoir ses précieux cahiers. Ne fallait-il pas les recopier, ou, tout au moins, effacer à la gomme les indications crayonnées par M. Cochart, et dont le sens ne lui importait plus.