— Entre nous, mon petit, tu ne le trouves pas un peu poseur, Fagueyrat ?
— Là !… Ça y est !… » murmura Gilberte, sans répondre. « Il lorgne la loge de Blandine Jasmin.
— Qu’est-ce que tu dis ? » s’exclama Claircœur, scandalisée.
— « Oui… Tu vois, marraine, cette première loge de face, où sont ces femmes si décolletées. Regarde… la blonde, à gauche, avec l’énorme chapeau noir… C’est Blandine Jasmin.
— Quoi ?… Qui ça… Blandine Jasmin ? Comment sais-tu ?… Elle me paraît bien mal habitée, cette loge », observa Claircœur.
Gilberte expliqua. Elle n’ignorait rien. Justement, c’était ce qu’on disait, là, tout haut, sans se gêner. Fagueyrat, fou de Blandine Jasmin. Ils étaient ensemble, et depuis assez longtemps. Mais, comme Blandine se croyait un talent dramatique extraordinaire, elle voulait que son ami obtînt pour elle un rôle important du directeur du Théâtre-Tragique. Fagueyrat n’y avait pas réussi. Alors, Blandine le plaquait.
— « Comment dis-tu ?… Oh ! Gilberte…
— Mais, petite marraine, c’est comme ça qu’il disait, le monsieur, là, aux favoris moutarde. Te fâche pas, maïaine », ajouta l’enjôleuse, avec le ton et la prononciation de sa toute petite enfance. « Les mots, voyons, ça n’a pas d’importance. Je ne parlerais comme ça avec personne d’autre que toi.
— Je l’espère bien. Mais ce n’est pas seulement les mots. Ces vilaines histoires… »
Elle n’acheva pas. Une sonnerie électrique tinta. Les trois coups furent frappés. L’obscurité se fit dans la salle, où des ombres s’agitèrent encore, parmi de sourdes protestations.