— Sûr… Mais tu te serais laissé fléchir… Tu aurais gardé la porte ouverte pour rentrer.

— Écoute, Blandine, tu ne mérites pas que je te dévoile mes projets, mes espérances. Tu es une petite femme abominable. Si je n’avais pas pour toi les pires faiblesses, j’ouvrirais la portière de ce sapin, je fuirais le jeune monstre que tu es, et tu ne me reverrais de ta vie. »

En disant cela, il saisissait à deux bras le buste gracieux du jeune monstre, bousculait l’immense chapeau, et se mettait à embrasser Blandine avec une fougue, une gaieté, qui persuada celle-ci, moins de la passion de son Marcel, que de la sécurité immédiate de leur carrière.

— « Oh ! mon chéri, raconte vite… Est-ce que tu vas prendre un théâtre, comme je te l’ai cent fois conseillé ?…

— Tes conseils, naïve enfant, ne valaient rien sans de la bonne galette.

— Et tu en as trouvé, de la bonne galette ?

— Ça se pourrait. J’ai une combinaison que j’ose appeler mirifique, pharamineuse et épastrouillante.

— Aboule ta combinaison.

— Dans un endroit plus secret », chuchota Fagueyrat contre la joue de sa maîtresse. « Ce taxi-auto est muni d’un cornet acoustique. Je parlerais à l’oreille de tout Paris. D’ailleurs, nous arrivons. Ton « chez toi » sera-t-il ce soir notre « chez nous » ?

— Grand singe, il faut toujours qu’on en fasse à ta tête », dit Mlle Jasmin, en sautant de la voiture.