— Mais alors… elle doit gagner de l’argent ? »

Le brigadier eut une mimique éloquente.

— « Des ponts d’or, on lui fait. Surtout depuis qu’elle a refusé de nous lâcher pour le Petit Populaire, qui lui offrait tout ce qu’elle aurait voulu. C’est quelqu’un, cette femme-là, monsieur Fagueyrat. Un brave type, malgré son canaille de sexe. Puis, pas fière… Et la main ouverte. Fait bon avoir un service à lui rendre.

— Faut tout de même que je lise ses Malheurs d’une arpète », murmura Fagueyrat, rêveur.


Dans son cabinet aux somptuosités sévères, — boiseries massives, profonds fauteuils de cuir, imposant bureau-ministre, — le directeur, Octave Boisseuil, s’était levé, la main tendue :

— « Eh bien, ma chère amie, voyons… C’est ça que vous appelez « tout de suite ». Vous m’avez téléphoné : « Je viens tout de suite. »

— En voilà un homme pressé !… Vous m’appelez, là !… Vous ne savez pas ce que je faisais.

— Ne me le dites pas ! » s’écria Boisseuil, avec une exagération de frayeur comique. « Vous allez me rendre jaloux. »

Gilberte Claireux — alias : Gilles de Claircœur — celle qu’on appelait dans les bureaux de rédaction « Claircœur » tout court, et, dans sa famille d’adoption, « tante Gil », — élargit un regard étonné. Puis, saisissant la blague, elle eut son sourire bon garçon, haussa les épaules.