— « Ah ! » s’écria la feuilletoniste, « mais ce sera admirable. Avec le sens du théâtre, que vous possédez si bien, et qui me manque… »

Fagueyrat protesta.

— « Vous avez, madame, des scènes qu’il suffira de découper, telles quelles, dans le roman.

— Mais », suggéra-t-elle, « le principal rôle féminin, l’arpète, ma petite « Lulu-tire-l’aiguille »…

— Oh ! pour elle, madame, nous avons une interprète extraordinaire.

— Qui donc ?… »

Fagueyrat fit un geste indiquant le mystère. Mais, comme, par ce geste même, l’appui de l’accoudoir lui manqua, il eut l’air, tandis qu’il s’engloutissait, d’un noyé agitant un bras convulsif. Énervé, il se dressa en pied, quitta définitivement le voltaire et ses tapisseries emblématiques. S’approchant de Claircœur, il chuchota, un doigt sur les lèvres :

— « Pour votre délicieuse « Lulu-tire-l’aiguille », vous aurez une surprise. Permettez-moi de ne pas vous dire encore le nom de l’artiste à qui je songe. On lui propose des engagements de tous côtés. Ce serait trop beau d’avoir cette petite-là ! Nous devons manœuvrer habilement. Laissez-moi faire. Je compte un peu sur son amitié pour moi, sur l’influence que j’ai sur elle.

— C’est une débutante ? Un premier prix du Conservatoire ?…

— Mieux que cela… Une nature !… Fine, jolie à croquer, très jeune… Il faut une très jeune personne pour votre arpète… la fraîcheur d’une gamine de quinze ans… Rien d’artificiel… Et du naturel, de la spontanéité… C’est l’idéal, n’est-ce pas ? On ne peut pas faire jouer ça par une actrice marquée, aux effets connus, quand elle aurait tout le talent du monde.