— Que voulez-vous ? Je ne lis guère les journaux, ou je les lis mal. Je parcours surtout les faits divers et les tribunaux… pour des sujets de romans. Mais je regrette… J’aurais applaudi des deux mains. On avait bien raison ! Le Théâtre-Tragique, entre nous, c’est un Ambigu de second ordre.

— Parbleu !

— Alors, où êtes-vous ?… » Elle chercha. Devant l’expression énigmatique et dédaigneuse de l’acteur, elle n’osait aucune supposition. Mais, comme il ne bougeait plus, elle risqua : « aux Français ? »

Il haussa les épaules.

— « L’enlizement dans la tradition ! L’enterrement de première classe !… Il y en a, madame, qui peuvent marcher dans les chemins battus. Pas moi. Ces chemins fussent-ils ceux de la fortune et des honneurs.

— Ah ! je vous comprends », murmura Claircœur.

Elle l’eût compris de même s’il eût avancé tout autre chose. Il disait si bien, avec tant d’âme ! Il l’appelait « son auteur ». Un lien existait entre eux. Et, parler théâtre à une femme de lettres qu’affole l’espoir d’être jouée, c’est assurer, jusqu’aux pires extravagances, la bonne volonté de deux oreilles les plus crédules, les plus extasiées du monde.

— « Ne vous ai-je pas dit qu’on m’impose de fonder un Théâtre Fagueyrat ?

— Vous, directeur ?… Mais vous joueriez ?

— Bien entendu. Comme tous les artistes qui prennent un théâtre. »