— « Si… Parce que je vous offrirais ma signature. Je serais même très fière…

— Eh ! mon cher auteur, en quoi votre signature vaudrait-elle moins pour émaner de jolis doigts féminins ? On la connaît, votre signature. Au bas de votre Secret du guillotiné, dans le Petit Quotidien, elle ne doit pas représenter loin de cinquante mille francs. Il n’y a pas beaucoup d’honorables négociants qui enregistrent ce chiffre annuel d’affaires.

— Vrai ! je pourrais être votre garantie ?… »

Elle riait, trouvait la chose divertissante, incroyable, faisait taire au fond de soi, comme vilainement intéressée, la voix de tout à l’heure, qui, maintenant, chuchotait : « De cette façon, mon Arpète est sûre d’être jouée, de rester sur l’affiche, de faire beaucoup d’argent. Je tiens le directeur, le principal interprète, le théâtre. Quelle influence j’aurai là ! »

Déjà, dans sa tête bruissante, ce n’était plus L’Arpète, c’était Le Guillotiné, qui lui succédait. D’autres encore. Le mirage de la rampe éblouissait ce cerveau, pourtant bien équilibré. (Mais ce mirage-là en a désorbité de plus solides.)

— « Qu’est-ce que c’est ? Qui est-ce qui nous dérange ? » s’écria Claircœur.

Car une porte s’était, entr’ouverte, puis refermée aussitôt. La romancière éleva la voix :

— « Qui est là ? Est-ce qu’on ne peut pas répondre ? »

Son intonation avait quelque chose d’énervé, d’impérieux, que jamais créature humaine n’y avait sans doute perçu auparavant. Mais des sentiments nouveaux étaient en elle. Une fièvre. Et pourquoi ? D’où cela venait-il ? Qu’y avait-il donc de changé ? Est-ce que l’orgueil, l’ambition, la folie du succès pécuniaire, s’allument tout à coup dans les âmes qui les ignorèrent à l’époque des jeunes ardeurs ? Comment admettre des surprises de la personnalité plus invraisemblables encore ?

La porte qu’on avait refermée, se rouvrit. Gilberte, son grand chapeau de feutre sur la tête, ombrageant un visage plus grave que d’habitude et légèrement pâli, s’avança :