— « Si… voyons, ne me dis pas non. Je t’ai fait de la peine, devant Fagueyrat. »
Le nom vint ainsi, tout court, déjà entré dans la familiarité de la maison. Toutefois, une hésitation imperceptible, un amollissement de la voix, le détachèrent, lui donnèrent une vibration à part.
— « Je me fiche bien de ce monsieur ! » déclara Gilberte.
Et elle fixa sur sa marraine un éclair de ses prunelles sombres, un éclair mouillé, entre des cils perlés de gouttes fines, comme des barbelures d’avoine après la pluie.
— « Ma fillette aimée, il ne faut pas m’en vouloir. Tu venais là, étourdiment. Mon Dieu, il n’y avait pas de mal. Mais si tu savais ce que nous décidions ! Pense, Gilberte, il prend un théâtre… le Louvois, rien que ça ! Et la première pièce qu’il monte… Devine… Les Malheurs d’une arpète.
— Vrai ?… »
Gilberte fut un peu suffoquée. Elle n’était pas à un moment où l’on voit d’abord le bon côté des choses. Pourtant la nouvelle fusait aux étoiles, comme un beau départ de feu d’artifice.
La jeune fille tendit les bras.
— « Marraine… laisse-moi t’embrasser. Je suis ravie pour toi.
— Et pour toi, mignonne. N’es-tu pas au moins de moitié dans ce qui m’arrive d’heureux ? »